• biographie/biography

• accueil/home

• papier jardin/garden paper



• réalité/reality ( )

• bureau visuel
/visual office

• objet
/object (in situ)



• discographie/discography

• press (music)

• atelier/studio

pierre gerard
né en 1966 (belgique), vit et travaille à liège.
born in 1966 (belgium), lives and works in liège, belgium.
www.pierregerard.eu

contact : maiso-med[at]mail.be

As soon as visitors walked into the former warehouse that the art center Les Brasseurs calls home, they were faced with an array of objects, from an installation of tables topped with various elements to an abstract wood and cardboard sculpture fastened to a wall; from a slide projection to a display of short videos playing simultaneously on small monitors. The pieces did not have clear-cut boundaries, nor did they have individual titles. The vocabulary developed in Pierre Gerard's exhibition "Au mauvais endroit, au mauvais moment, où encore" (In the Wrong Place, at the Wrong Time, Where Next) was that of "total installation", that is, of an exhibition conceived in its entirety as a single, vast work.

One noticed, too, how much of the work was drawn from the building's myriad details; from its luminosity, its decrepit walls, its spatial configuration. This site-specificity was perfectly illustrated by two astounding sculptures created from seemingly insignificant elements belonging to the building: a simple radiator, situated on the third floor, and a round window along one of the walls of the top floor. The artist had crowned the radiator with a small shelf made from a metal bar and two clamps, arranging silver foil along its surface. On top of this makeshift construction was placed a rough piece of wood board, flanked by pieces of cut out paper, creating a kind of unusual monument. As for the round window, he covered it with plastic gels of various shapes, colors, and opacities, creating a kind of rose window both basic and beautiful.

Even those sculptures that didn't explicitly draw on the site adhered to the same principle of interacting with aspects of a given, immediate environment. They were in fact assemblages composed of various industrially produced objects: plastic corks, rolls of paper, glass plates and bowls, cardboard packaging, plywood, polyurethane foam, and so on. These materials from daily life were juxtaposed in strange assemblages that seemed to thrive on some mysterious internal logic.

At times, these assemblages resemble architectural models, at times prototypes of utilitarian objects from the future whose use one can only guess. This is what makes Gerard's work so original. Clearly, these pieces trigger questions about the function we assign to objects, both when they are designed and later on, when we recognize them in terms of their use. And in considering the function of objects, we naturally reflect on their linguistic and semantic dimension, that is, the names we give them. Gerard is therefore tacitly inviting us to a kind of cognitive experience: one that involves diving into a state of doubt, a questioning of what we see and especially of what we have learned about it. Like the artist, we set out on a quest for a sort of primitive perception, the kind we must have had at the beginning of life, and whose memory we hold so preciously within us.

Yoann Van Parys

Translated from French by Molly Stevens.
COPYRIGHT 2008 Artforum International Magazine, Inc.

 

 

... - « Au mauvais endroit au mauvais moment, où encore », titre sibyllin, énigmatique à souhait et réunissant le tout, ajoute une touche subtile au halo de mystère dont Pierre Gérard ne déteste pas s'entourer.
Alchimiste ? Magicien ? Illusionniste ?
La lecture du texte rédigé par l'artiste et publié dans le petit journal qui accompagne son exposition compliquera sans doute encore le jeu des définitions et discréditera d'ailleurs définitivement sa réelle opportunité !
Dans cette complainte contemporaine, aux images abruptes renvoyant à des réalités qui se télescopent, Pierre Gérard  jette sur le papier des mots qui s'entrechoquent, ils disent la pauvreté, la rue, l'usure, la fatigue : « ne plus être » - « l'ombre » - « sous la crasse le calque de nous-même » - « tout au bord » - « vers le vide ». ...

... Son œuvre serait-elle donc une parabole ? et son action artistique, une tentative pudique de dénoncer les clivages inacceptables, des frontières sociales aux dérives consuméristes en passant par les critères du « bon goût », les diktats du monde de l'art, ce qui est « out », ce qui est « in ».
...

extrait du texte de: Dominique MATHIEU (publié dans le journal qui accompagne l'exposition : « Au mauvais endroit au mauvais moment, où encore », 2008)

 

 

... Evoquer la création de Pierre Gérard revient à être confronté à toute une série d'obstacles linguistiques et c'est bon signe. En effet, ce travail invite ou contraint à un exercice de langage. Plus qu'un autre sans doute, il appelle ou requiert un mode d'expression qui lui serait propre.

De fait, il apparaît qu'on ne peut dire en quoi consiste ce qu'il réalise, s'agissant d'une production qui n'a rien de programmatique ni de synthétique. Ne vient pas à l'esprit une idée directrice, un concept qui serait souligné tout au long de son oeuvre. Ou pas intentionnellement, pas au premier abord.

La création de cet artiste s'exprime indistinctement en peinture, en sculpture, en photographie, en vidéo, et même en musique. Elle ne s'arrête pas à un médium, et semble d'ailleurs tirer son identité de cette dispersion, d'une propension à posséder plusieurs formes, voire même aucune forme. Aucune forme en ce sens qu'il s'agit apparemment d'un travail qui demeure en un état prolongé d'expérience. Non pas qu'à ce titre il resterait continûment inabouti mais plutôt qu'il ferait un avantage majeur de son caractère naissant, des cent paramètres encore susceptibles, dans les premiers temps, de définir sa nature. A ce moment-là, tout bouillonne, tout est possible.

Et si ce travail se trouve dans cet état prolongé de naissance, rien de plus logique qu'il n'offre pas de prises au langage, qu'il en demande un en propre ainsi que nous le remarquions d'entrée de jeu : au demeurant ce qui vient au monde est dénué de nom.

Pierre Gérard nous convie donc à une certaine forme d'expérience cognitive : ici elle consiste précisément à faire, à sa suite, l'expérience du passage de la perception à la distinction. Une forme d'expérience phénoménologique qu'on le voit d'ailleurs effectuer en aveugle, ou plutôt à l'instinct, réceptif qu'il se montre à tout avènement d'évènement (ou même au non évènement).

Si son œuvre se met d'elle-même en mouvement, si elle acquiert ses caractéristiques suite à de muettes impulsions, cette faculté à demeurer en éveil, à se surprendre du visible, celle-là, il l'affûte, la cultive. Il avoue ainsi chercher à aller vers ce qu'il ne comprend pas. ...

extrait de: Louis Annecourt (mai 2008 "Aussitôt dit, aussitôt fait" Artenews)

 

 

Parce que même si, en tant que regardeur, on avait pris l'habitude justement, depuis quelques années, d'appréhender le travail de Pierre Gérard selon quelques préceptes devenus idées reçues (décalage, modification du regard, détournement d'objet), on a aussi appris à faire attention de ne pas se reposer sur nos lauriers ! Parce qu'à chaque exposition, c'est de surprise en surprise que l'on va. De frontière en frontière, Pierre Gérard continue de nous promener vers de nouvelles contrées et cette fois il nous propose d'explorer nos propres territoires ainsi que les siens.

«  Elles ne montrent jamais ce qu'on a vu … », tel est le constat formulé par l'acteur Rüdiger Vogler, à propos de ses prises photographiques, dans le film Alice dans les villes (Wim Wenders, 1973). Après chaque capture d'image, avec son appareil polaroid, le personnage établit le triste bilan du décalage entre la réalité telle qu'il l'a perçue et son enregistrement.

Chez Pierre Gérard, le point de divergence (et d'étonnement) est à rapprocher de celui constaté chez Wenders. Il y a, entre l'objet, que nous connaissons, et son utilisation, dans le travail de l'artiste, un monde dont les frontières sont parfois si étroites qu'on ne distingue pas toujours le moment exact où on les franchit et pourtant l'on saisit singulièrement le décalage. On le sait, l'artiste aime à jouer de cette idée de frontière, de ces lisières à approcher subtilement afin d'en percevoir toutes les nuances.

extrait de: Sophie Bodarwé (2005 "ce qui nous marque" _Flux News _n°39)

 

 

pierre gerard's work evades all who imagine that they can grasp it. our purpose here is not therefore to explain the whys of such-and-such an object, the raison d'être of a line or the intention of whatever association. his interventions ensure that the tools and instruments for research are provided.
__ when he paints, his objects fall into place with unfailing definiteness. but the precise detail of the representations is paradoxically far from comforting. it makes his images into spaces which give way beneath our feet, to leave but a few, rare certitudes. strange, organic shapes develop alongside more familiar objects. on closer inspection, they are almost everyday, apparently having been concealed somewhere within us. it would be just as likely for us to encounter them in our dreams as in our moments of perceptiveness.
__ his universe is driven by the pleasure of building discomfort whilst at the same time offering a central place to poetry. a poetry in its primary sense, but also in the etymological sense of the term: "to make". for this is what it truly is, pierre gerard endlessly constructs a world in which confusion goes hand in hand with certainty.

Christophe Veys (2001 "instants fragiles"_Les Témoins Oculistes_)

 

...Pierre Gérard procède par associations mentales; le champ du mystère réside dans les intervalles que, sans doute il laisse à dessein, intuitivement, bien entretenus. Chaque œuvre , chaque intervention complexifie un processus où chaque figure se transmute en signe autonome. Sous vide, les choses s'abstraient d'elles-mêmes, en autant de saisissants raccourcis d'une pensée non dévoilée. Le sens, décidément, ne semble jamais être là où on le pense. Il est vrai que le mystère ne doit pas son importance parce qu'il est invisible, mais parce qu'il est nécessaire absolument...

extrait de: Jean-Michel Botquin (2001"troublant" _cependant _n°1)

 

[ … ] L'idée de collection jalonne son travail par juxtaposition qu'il fait régulièrement d'oeuvres singulières, les enrichissant ainsi mutuellement de sens divers, comme s'il s'agissait de nuancer son propos, de le classifier, de s'arroger le rôle d'un particulier entomologiste du réel. Celle de l'apparence et de la simulation est tout aussi d'à propos, bien que fort lointaine de ce que véhicule ceux qui revendique ce Simulationnisme. Il n'est pas question ici de feindre ou de contrefaire, mais bien d'aménager des objets, de leur ôter le sens commun, à titre d'expérience du visible.

[ … ]

extrait de: Jean-Michel Botquin (1999 "TROUBLES" à propos de Pierre Gerard, lorsqu'un écureuil éthéré respire vite)